“Je suis allé au bout de moi. Il va maintenant falloir aller beaucoup plus loin”.
Et voila, c’est partit ! Les chiffres donnent le ton : 110 Kil, 7’000 m positif, 5 cols à plus de 2’000m… ça commence à être du lourd.

Départ à 5h samedi, il fait plutôt bon, nous sommes environs 300 sur la ligne. Sur les conseils de Tyliana (tu t’économises encore et encore et encore !!) je pars pour la première montée de 1’000 m à un rythme de papy. Tellement papy que je ne vais pas du tout la voir passer. Je passe le premier ravito sans m’y arrêter du tout, et suis surpris d’apprendre par mon PC course (Tyliana) que je suis 156ième, soit au milieu du peloton.

La terrible descente. 1’700m négatif, roulante, longue… Je me souviens à voir dit la veille à Tyliana, si je passe le kilomètre 25, si je passe cette descente, alors l’ultra est gagné. Elle avait trouvé mon raisonnement rigolo, surtout pour un 110 kil ! Depuis les Allobroges, j’ai une douleurs persistante aux genoux en descente. Je sais que si je passe cette descente, je pourrais prendre dans la longue montée suivante suffisamment d’avance pour faire la fin en marchant si nécessaire .
Kilomètre 14, grosse douleur au genou gauche. Quand on sait qu’il reste encore plus de 6’000 m à descendre, ça fait plutôt froid dans le dos. Je suis obligé de marcher, et me fait doubler par pas mal de monde, je rage! Un coup de fil à Tyliana, un sms de Tercan, et je continue. anti-douleurs ? Pas encore, je résiste. A mi-descente, Tyliana m’annonce que j’ai perdu 13 places. il me semble pourtant m’être fait doubler des centaines de fois !
Ok, cette fois, je prend un anti-douleur. Il fera effet en quelques minutes, et je terminerai cette interminable descente en 2h15.
Ravito de Sambrancher. Je prend de l’eau, et repars, pas de pause. Seulement 26 kil de fait en 4h, mais dans ma tête, c’est terminé, je sais que plus rien de m’empêchera de finir. Maintenant, j’attaque.
800m positifs plus tard, je reçois un sms de Tyliana de bon augure, 18 places de reprises. Je vais peiner dans la monté de La Fouly. Une sorte de faux plat montant, interminable, en plein soleil, avec une jolie crise d’hypo. Seuil psychologique… nous avions pris l’année dernière le départ de la traversée à la Fouly, pour 60 kil, et j’avais trouvé ce parcours très dur. A refaire, mais cette fois avec un Marathon dans les pattes avant le départ !

J’ai l’impression d’avoir perdu pas mal de places au classement dans cette montée. Je vais donc quasi pas faire de pause à la Fouly. La plupart des coureurs y ont un sac avec des habits secs, crème massante pour les muscles, vivres. J’ai fait le choix de ne pas en avoir, pas perdre de temps, et repartir le plus vite possible. Ce sera payant, je pars du ravito avec 13 places de gagnées !
C’est partit pour le col de la Fenêtre, soit 1’200m positif. Une petite averse pour rafraichir, cette monté ne me posera pas trop de soucis. Mais quelle est longue ! Avec pas mal de neige au sommet.

100m avant le somment, je vois une silhouette familière… Paolo !! Il fait de la tachycardie. Je l’attend au col où il prendra une aspirine. histoire de fluidifier le sang. Et nous partons ensemble pour le col du grand saint-bernard.

Le ciel se fait menaçant lorsque nous attaquons le col. C’était peu de le dire ! Cela va commencer par une pluie légère. Elle va vite ce transformer au sommet de plus de 2’400m en une grêle violante. Ambiance ! Nous voila dans la tempête. Le chemin se transforme en rivière, nous sommes littéralement trempé en 5 min. Le terrain devient sur-gras, glissant, ultra technique. Pourtant, avec Paolo, on attaque. Sans doute amusé par le côté ludique de la chose, on descend à toute vitesse, doublant nombre de coureurs. On passera sur un immense névé de plusieurs centaines de mètre de long. Des coureurs peines à le franchir et rester debout. Il seront d’autant plus surpris de nous voir passer à fond, sur les fesses, façon bobsleigh !! Au moins 8 places en tout, et 300m négatifs en moins d’une minute !
La course doit normalement prendre un passage à guet dans une rivière. Mais la rivière est maintenant un violent torrent infranchissable. Nous devrons couper droit dans la pente pour trouver un passage de secours. Après de longues recherches, nous finiront finalement par retrouver les balises. La pluie s’arrête, et plus rien ne semble maintenant nous empêcher de rejoindre le prochain ravito. Plus rien ? C’était sans compter les vach
es. On va tomber sur un gros troupeau coincé sur le chemin. C’est pas bien méchant une vache ? Et personne n’en a peur ? Seulement la moitié du troupeau sont des Reines. La Reine est une race de combat, elle a tout du taureau, sauf qu’elle fait du lait en plus
. Massive, noire, puissante et avec d’énormes cornes. On arrivera quand même à se faire un passage, avec un petit coup de stress lorsque trois Reines hésiterons clairement à charger à moins de 2 m de nous !
Bour St-Pierre. Et 23 places de gagnées !! On fera une plus longue pause. 2 assiettes de pâtes pour moi, que Paolo ne trouvera pas très “Al dente”… ces Italiens
! Je suis trempé. Plus rien de sec, ni dans le sac. On repartira du ravito gelé. Je vais littéralement claquer des dents. Heureusement qu’il y a 1’000m de montée pour se réchauffer. Nous allons même ratraper le soleil… quel bonheur. Du coup, on carbure à 650m+/h, plutôt pas mal après 80 kil et 15h ! On prendra même encore 15 places dans cette monté.
Une autre terrible descente : 1’400m. Je prends un anti-douleur en prévention, mais je ne pense pas en avoir besoin. Paolo fera un super travail, et nous arriverons à Lourtier dans le top 100! Lourtier marque le départ de la plus terrible des montées de ce trail. 1’200m ultra raide. Il fait nuit, et attaquons ce monstre à la frontale. Je ne vais pas me sentir bien les 20 premières minutes. Un truc n’est pas passé au ravito, un bouillon de pâte fait la loi dans mon estomac. Je vais gentiment lui indiquer la sortie et tout ira bien après. Enfin presque. Une inconnue jusque là fait son apparition : la fatigue. Nous aurions dû prendre quelque chose au ravito contre ça, mais n’y avons pas pensé. Le phénomène d’endormissement au volant et bien connu de tous. La même chose peut se produire en courant. Les yeux se ferment en sursaut, c’est dingue comme sensation! Nous allons vraiment peiner dans cette montée, mais finalement en seulement 3h, nous signions un temps canon. Au sommet, il ne reste plus qu’à descendre sur Verbier, et c’est dans la poche. Le top 100 semble à porté de pied, l’arrivée et le repos aussi. Normalement, en 1h, nous aurons finit. Normalement… C’était sans compter les dégâts que peuvent subir les pieds après 3h d’averse et plus de 10h dans des chaussures trempées. L’eau affaiblie la plante du pied, et les frottements sont bien plus important avec des chaussettes mouillées. Paolo ne peut presque plus marcher, un très long calvaire de 2h30 commence. Cela semble interminable, on descend, remonte, redescend… pour finalement voir Verbier avec le levé du soleil !!
Bilan ? Plutôt positif. Pas une crampe, pas une seule fois un muscle qui tire. Le dimanche sera pas très évident pour les pieds un peu douloureux. Mais plus rien le lundi, même pas de courbatures ! D’ailleurs, le lundi, je suis allé faire 1.3 kil de natation avec Tyliana. Encore merci Tyliana, finalement, on a fait cette course à deux !
Nous aurons fait les 110 kil en 26h30.
Classés 112 & 113
300 coureurs au départ pour 159 arrivants.
- Acnors -